Quand Buffy contre les Vampires, créée par Joss Whedon, arriva à son terme en 2003, son statut de série culte était toujours d’actualité. En juge par la pléthore de romans, comics, jeux vidéos, sans parler des sites, des fanfictions, des conventions et des mentions dans les listes des « Meilleures séries TV de tous les temps ». Mais bien qu’il soit toujours amusant de regarder une blondinette pétillante et ses amis affronter les forces du mal avec une force surhumaine, de la magie, des répliques assassines, les sept saisons de la série sont aussi devenues l’objet d’enquêtes plus sérieuses chez une fanbase plus intellectuelle : les universitaires.

Buffy, tout comme les séries saluées par les critiques comme X-Files et Twin Peaks, est arrivée avant les Sopranos et l’ère de l’Age d’Or de la télévision, pourtant elle a largement contribué à ce que les étudiants traitent les séries comme The Wire, Mad Men et Breaking Bad comme des oeuvres d’arts à décortiquer et analyser avec autant de ferveur que des grandes oeuvres de la littérature. Les Universitaires ont trouvé la série culte de Whedon particulièrement multi-dimensionnelle, jouant lourdement avec les allégories, les mythes et les références culturelles, tout en combinant une narration inventive avec des personnages dynamiques et des commentaires sur la société.

En conséquence, des centaines d’articles et de livres d’école ont été écrit à propos des thèmes très profonds qu’aborde Buffy contre les Vampires – ainsi qu’un journal universitaire et une multitude de conférences appelées Slayage – qui utilisent les oeuvres de Whedon pour discuter de sujets tels que la philosophie et les théories culturelles. Buffy est-elle un spectacle allégorique de la vie moderne ? Oui. Buffy est-elle une série progressive, féministe et remet en cause les stéréotypes ? Oui. Buffy est-elle une étude philosophique de la subjectivité et de la vérité ? Pourquoi pas ?

Douglas Kellner, professeur à l’université de Los Angeles, a écrit que la télévision d’aujourd’hui excelle à démontrer les peurs et les fantasmes subconscientes de la société, et que Buffy en est un exemple parfait. Les éléments surnaturels de la série, dit-il, apportent « un accès aux problèmes sociaux, aux espoirs et aux anxiétés, qui ne sont pas toujours bien représentés dans d’autres médias plus ‘réalistes’, » comme les sitcoms ou les séries policières. Même les séries plus populaires ayant une concept commun comme Teen Wolf ou Vampire Diairies, qui se concentrent plus sur le côté drama, romance et problèmes d’adolescents, manquent cruellement des éléments métaphoriques que possédait Buffy contre les Vampires et qui en faisait une série fascinante pour les étudiants qui voulaient l’étudier.

Dans Buffy contre les Vampires, les monstres jouent ici le rôle des différences et des menaces de la société : Les vampires symbolisent les prédateurs sexuels, les loups-garou représentent la force physique qu’on ne contrôle pas, et les sorcières montrent l’addiction ainsi que le pouvoirs féminin qui peut être perçu comme menaçant. En combattant les « Big Bads », Buffy et ses amis affrontent les monstres auxquels nous faisons tous face un jour – Symboles de l’autorité oppressants, règles vides de sens, normes sociales limitées, découvertes sexuelles, solitude, rédemption – en d’autres mots, la peur de grandir et de trouver son chemin dans la vie.

Ceux qui étudient Buffy se sont frottés à des douzaines d’approches différents pour comprendre la série ou tenter de l’utiliser dans d’autres disciplines. Durant la décennie suivant la fin de la série, écologiste spécialisé dans les populations à l’université de Standford a utilisé une formule mathématique pour déterminer le nombre de vampires à Sunnydale. la ville fictive de Californie dans laquelle se déroule l’intrigue. Un stratège au Centre des Etudes Stratégiques et Internationales de Washington D.C, a comparé l’affrontement de Buffy contre les force du mal à la guerre entre les Etats-Unis et leurs ennemis, et a prénommé « Buffy » un nouveau paradigme dans la guerre biologique, en hommage à la Tueuse de vampires. Un historien en langue anglaise a publié un lexique du « Buffyspeak », un nom donné au parlé bien particulier de la série (Exemple : « Love makes you do the wacky, » « What’s with the grim ? » ou encore « She’s the Do-That Girl »).

« Whedon semble être une source intarissable » a dit David Lavery, un professeur d’anglais à l’université de Middle Tennesse qui enseigne en utilisant les séries Mad Men, Doctor Who, Lost ou encore Buffy, et a co-fondé l’Association des Etudes sur Whedon (Whedon Studies Association). « Il y a cette complexité, cette l’intertextualité et cette authenticité qui fait que cette histoire est si riche et profonde a analyser. S’il continu de faire ce genre de série pour les 10 prochaines années, je pense que les études sur Whedon ne sont pas prêtes de s’arrêter. »

Même si Buffy a largement contribué à préparer le terrain pour que des séries prestigieuses telle que Mad Men soit étudiées académiquement, il manque à Buffy cette notoriété dont jouissent les séries comme Mad Men. Emily Nussbaum, critique chez le New Yorker, a déploré le fait que Buffy paraisse bien moins attrayante qu’elle ne l’est vraiment, ce qui a rendu difficile pour elle le fait de convaincre ses amis de sa véritable qualité. (Dans les premières saison, note t-elle, « Le costume du loup-garou ressemble au manteau de ma grande tante Ida. ») Pourtant, l’exagération intentionnelle à la Dr. Who dont Buffy (la série) se vante a été le sujet de nombreuses dissertations louangées.
Pendant ce temps, d’autres académiciens ont étudié la relation complexe qu’entretien Joss Whedon avec son univers, l’analysant en tant qu’auteur et le comparant avec d’autres créateurs de séries comme Vince Gilligan (Breaking Bad), Matthew Weiner (Mad Men) et Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy).

Outre Buffy, les études concernant la pop culture est en train d’évoluer drastiquement dans les universités américaines. Les étudiants analysent à présent Madonna, Jay-Z, Harry Potter, The Sopranos, The Wire et Lost. Ces érudits – dont beaucoup sont fans des oeuvres qu’ils étudient – se frottent parfois à cette culture universitaire qui les regarde avec dédain concernant leur choix d’étude, malgré la démocratisation des séries.

Mais au travers de l’histoire, on remarque bien souvent que la mode d’hier est devient souvent un classique de demain. Rhonda Wilcox, qui a également co-fondé L’Association des Etudes sur Whedon, compare fréquemment le format épisodique de la télévision du 19ème siècle au séries de romans, comme ceux de Charles Dickens. Les romans de Dickens, tout comme Shakespeare, étaient considérés comme de la « Pop Culture » et donc ne valaient pas la peine d’être étudiés par des académiciens. Les études littéraires et cinématographiques comme on les connait aujourd’hui, ont connu pareil débâcles. Elles aussi, au début, se battaient pour la légitimité de leurs études. « Je pense qu’on est peu à peu en train de montrer aux gens que les études des séries télévisées sont à prendre au sérieux. » dit Wilcox.

Sans surprise peux-être, Whedon soutient lui aussi la montée des études sur Buffy. Dans une interview avec The New York Times en 2003, il disait, « Je pense qu’il est très important que les académiciens étudient la pop culture, même si ce qu’ils étudient semble superficiel. Si c’est fait avec talent et a marqué la pop culture, alors ça vaut qu’on l’étudie pour savoir pourquoi. »

[alert variation= »alert-danger »]Traduction réalisée par Slayer Revival. Merci de créditer si ré-utilisé.[/box]

Source & image : www.theatlantic.com