Dans une interview accordée à Yahoo TV, Joss Whedon revient sur l’anniversaire de sa série phare, Buffy contre les vampires. Dans cette interview il revient sur la perception de la série aujourd’hui et de son impact sur les spectateurs.

Cela fait 20 ans que les fans de Buffy vous déclarent à quel point la série les a marqués. Quelle est la chose dont laquelle vous êtes le plus fier ?

Joss Whedon : Ça arrive pas mal dernièrement. Ils me disent avoir grandi avec la série, ce qui me fait toujours me sentir vieux. Ce qui me rend le plus fier c’est les personnes qui me disent « C’est la fille à laquelle je pense lorsque je pense à quelqu’un de fort. » Forte dans sa manière de diriger et de gérer les choses en temps de crise, de prendre des décisions pour avancer. Lors de la production de la série, une femme m’avait approché dans les locaux de la FOX (elle avait la trentaine), et elle m’a dit « j’ai eu le courage de déménager dans plusieurs villes et d’avoir ce job là grâce à elle. Parce que j’ai pu utiliser son pouvoir comme s’il m’appartenait. » A cette époque, je pensais que la série ne parlait qu’aux jeunes et ça a été un moment merveilleux.

Quel thème abordé dans la série vous êtes vous le plus investi à aborder ?

Joss Whedon : Celui du droit des femmes et du féminisme mais aussi celui du respect de base que nous devons tous porter à chacun. Mais il n’y a pas que ça. Évidemment, la relation de Willow et Tara a été très importante pour de nombreuses personnes. Mais ce n’était pas mon intention de base. Je n’ai pas pensé à tout le monde, j’ai fait ça avec précaution. Bien sûr, nous avons fait attention au message que nous délivrions au public, mais cette romance homosexuelle n’a eu lieu que parce que je m’étais dit que c’était l’université et que « C’était un bon moyen d’enchaîner après Oz. C’était un arc difficile. » Et plus tard, j’ai réalisé « Oh. La visibilité de ce public. Je ne suis qu’un homme blanc. »

Aujourd’hui de plus en plus de séries font des références à Buffy, qu’est-ce que ça vous fait d’avoir inspiré toute une génération de scénaristes ? Est-ce que ça vous met une certaine pression ?

Joss Whedon : Et bien, je pense que la pression vient de « Oh mon dieu, toute une génération connait mes trucs et astuces. Je dois en trouver d’autres. » [Rire] La pression, on réalise avec l’âge, vient du fait que « je n’ai plus besoin d’écrire des histoires sur des adolescentes avec des super pouvoirs. Et si c’est tout ce que je devais faire, ça m’irait. Mais est-ce que je peux trouver quelque chose de nouveau, un nouveau message, un nouveau rythme, une nouvelle raison de parler ? » Je travaillais sur un projet qui se situe durant l’Holocauste, et c’est quelque chose sur lequel je pourrai m’investir, mais dont je ne peux pas parler pour le moment, mais la façon dont se comporte le monde actuellement c’est quelque chose qui me reste en tête. Ce n’est pas possible. Lorsque le monde devient fou, c’est à la fois apaisant et éprouvant d’écrire sur des jeunes qui vont hériter de ce monde, c’est pas vraiment un cadeau pour eux. Même si tout ça au final, c’est notre faute.

Buffy n’a jamais reçue d’Emmy, quel autre série auriez-vous aimé que les Emmy récompensent ?

Joss Whedon : Battlestar Galactica, c’est ce que je pense, est une des meilleures séries jamais créées. C’est comme la série A la maison blanche mais avec des missiles et une manière de raconter les histoires à la fois brillantes et subversives. Le même genre que j’ai ressenti lorsque j’ai regardé Matrix « je vais poser mon crayon un peu et apprendre ce que c’est que l’écriture et la structure ». Battlestar serait vraiment mon choix.

Quel est pour vous le bon âge pour commencer à regarder Buffy ? Et qu’est-ce que la nouvelle génération peut espérer voir 20 ans après sa diffusion ?

Joss Whedon : J’espère que tout le monde y verra un reflet d’eux-même, un reflet du passage difficile qu’est celui de l’adolescence, un moment que l’on peut traverser. Je pense que l’âge approprié, pour une fille, serait à 12 ans. 21 ans pour la saison 6 évidemment, parce que c’est un peu porno. C’est difficile, parce que c’est une série qu’on regarde et avec laquelle on grandit, comme les livres Harry Potter. Et maintenant ce n’est plus comme ça que l’on regarde une série. Ils vont la regarder à 13 ans. Et ils vont regarder l’intégralité en un an. Et je me dis « ce n’est pas fait pour qu’on la regarde comme ça ». Mais pour le moment, je n’ai jamais eu aucune plainte. Personne ne m’a abordé en me disant « Joss, tu as bousillé mon enfant ! »

Une autre chose que j’aime particulièrement c’est lorsque les gens me disent qu’ils ont regardé la série avec leurs enfants, ou qu’ils avaient regardé la série avec leurs parents à l’époque et que c’était quelque chose que toute la famille appréciait. Ça a l’air mièvre comme ça, mais pour moi, qui sait qu’une famille peut avoir des relations difficiles, surtout à l’adolescence, quand les gens me disent « La série était la seule chose qui nous rapprochait », c’est super important pour moi. Parce que même si je disais que la série ne touchait que les jeunes, je ne voulais exclure personne. J’ai été élevé par des professeurs et c’est d’ailleurs pourquoi Giles avait une place si importante dans le groupe, car je savais qu’ils avaient autant de difficultés que les jeunes, voir même plus. Et ils travaillaient bien plus que nous. Je ne voulais pas être le Ferris Bueller contre eux, je voulais que tout le monde se sente inclus. A cause du titre de la série, j’ai exclu un certain public, ce que la WB m’a rappelé au moins 4000 fois.

Je suppose que vous allez fêter l’anniversaire de la série d’un millier de façons.

Joss Whedon : Non, juste une façon. En buvant.