Explorer Buffy #1 – 4.10 Hush : Voix & Communication

Explorer Buffy #1 – 4.10 Hush : Voix & Communication

Cette analyse explore l’univers mystérieux de l’épisode 4.10 Un Silence de Mort (Hush en VO) et établit une comparaison entre Voix & Communication. A travers cette analyse, vous verrez que parfois, l’aphonie permet de résoudre les problèmes de communication où la parole est superflue. Mais qu’elle peut aussi mener à des situations loquaces et des malentendus.

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« Hush » (Saison 4 – Episode 10) : Voix et communication

Il y a plusieurs manières d’aborder « Hush » mais la plus directe et la plus naturelle me paraît être de s’intéresser à ce que cet épisode nous dit de la communication. L’épisode commence en effet par un rêve de Buffy (qui dort pendant un cours à l’université) où le professeur Maggie Walsh débute son cours de la sorte : « So this is what it is. Talking about communication, talking about language. Not the same thing » (« Voilà de quoi il s’agit. Nous allons parler de communication, de langage. Ce n’est pas la même chose »). Pour un épisode qui appelle précisément à « se taire » (« Hush »), les premières paroles sont sans doute cruciales, d’autant plus qu’elles nous disent de quoi on va parler (« talking about »). Il y a, nous dit le professeur Walsh, des pensées et des expériences qui ne réclament pas de mot (« It’s about thoughts and experiences that we don’t have a word for »). Ainsi communiquer ne veut pas forcément dire parler, la voix n’est pas nécessaire à la communication, et elle peut même lui être nuisible. Pour traiter cette question, l’épisode nous propose de voir ce qui se passe si on retire la voix de tous les personnages. Hush est construit à partir d’un conte de fée : un groupe de monstres cadavériques – les Gentlemen – volent la voix de tous les habitants de Sunnydale à l’aide d’une boite magique afin de dérober leurs cœurs (au scalpel) pendant la nuit. Seul le cri d’une princesse peut les tuer. Privés alors de voix, les personnages se trouvent dans une situation périlleuse pour communiquer. Il s’en suit un certain nombre de quiproquos, de malentendus et de situations comiques qui rendent compte de problèmes de communication. Mais cette aphonie soudaine permet aussi la résolution de problèmes de communication où la parole était superflue (entre Buffy et son petit ami Riley notamment). Quel est le rapport entre voix et communication ? Comment les gestes peuvent parfois se substituer à la parole pour rendre la communication plus efficace ? Ce sont ces questions que Hush suscitent. D’une manière plus formelle, remarquons l’utilisation intensive de la musique qui prend la place des dialogues (rendus impossibles par cette aphonie des personnages) et notamment, outre les musiques du compositeur attitré de la série Christophe Beck (qui sont pour l’occasion très féeriques), notons l’œuvre « Dance Macabre » du compositeur romantique Charles-Camille Saint-Saëns pendant une scène où Giles explique à Buffy et ses amis les raisons de cette aphonie à l’aide d’un rétroprojecteur.

1 : La parole superflue

Dans Hush, deux mondes se font face : celui, habituel, avec la voix et la parole, et celui qui suit l’enchantement des Gentlemen où la communication devient aphonique. Cette confrontation permet de tirer des conclusions quant au rôle de la parole dans la communication. D’emblée, l’épisode expose un certain nombre de situations de communication où la parole est superflue. D’abord le couple Buffy/Riley. Ils veulent s’embrasser mais à chaque fois la parole vient s’immiscer. La difficulté tient en particulier au fait qu’ils ont chacun leur secret. Buffy est la tueuse de vampires et Riley est un soldat de l’organisation secrète Initiative qui capture et étudie les démons. Lorsque Riley demande à Buffy ce qu’elle fait le soir, elle répond « patrolling » (« patrouille ») puis se reprend maladroitement : « petrollum » (« pétrole »). Quant à Riley il dit corriger des copies alors qu’il n’y en a pas en ce début de semestre. Les incohérences de cette discussion empêchent alors un baiser lorsque Buffy demande soudainement de quelles copies il s’agit. La communication est nulle en réalité. Ce que Riley et Buffy voulait se dire ou s’avouer c’était leur amour, mais comme dit Buffy à Willow, « Talk, all talk », ce n’était qu’une discussion stérile qui ne communique rien.

Hush met en scène la communication au sein des couples. Outre Buffy et Riley, il y a les couples Alex/Anya et Giles/Olivia. On peut même parler du couple Willow/Tara qui ne sont pas encore véritablement un couple amoureux comme dans la suite de la série mais qui néanmoins souffre comme les autres d’une communication impossible. Cependant ce n’est pas ici la parole qui entrave mais ce qu’elle représente : un acte social. Tara étant extrêmement timide et mal à l’aise avec les autres, la parole est un medium de la communication qu’elle ne parvient pas à franchir. Pour en revenir aux couples, Giles reçoit une amie dans cet épisode mais la parole n’est pas au programme puisque Olivia, l’amie en question, clôt la courte conversation qu’elle a avec Giles de la sorte : « That’s enough small talk, don’t you think ? » (« Assez de petite discussion, tu ne penses pas ? »). Le couple Giles/Olivia a compris avant tous les autres personnages que la parole entrave la communication et que celle-ci peut être seulement corporelle, que les corps peuvent parfois plus et mieux exprimer que la parole. Mais le couple le plus intéressant est le couple Alex/Anya. Eux sont déjà en couple mais la nature de leur relation est vague. S’ils laissent parler leur corps comme Giles et Olivia, il n’y a pas de problèmes, mais lorsqu’il s’agit de définir leur relation, de l’objectiver dans des mots, la parole devient superfétatoire et annihile leur désir commun. Leur dialogue dans cet épisode est le suivant (ils ont en train d’arriver chez Giles) :

ALEX : I don’t get where this is coming from (Je ne vois pas d’où ça sort ça.)
ANYA : Well, what am I supposed to think ? (Que suis-je supposé penser ?)
ALEX : How can you say I’m using you ? (Comment peut-tu dire que je me sers de toi ?)
ANYA : You don’t care about what I think, you don’t ask about my day... (Tu te fous de ce que je pense, tu ne me demandes jamais rien…)
ALEX : You really did turn into a real girl, didn’t you ? (Tu es devenu une vrai nana, n’est-ce pas ?)
ANYA : See ? And you make jokes during my pain. You don’t care about me at all. (Tu vois ? Tu te moques de ma douleur. Tu te fous totalement de moi.)
ALEX : I care about you. (Je m’interresse à toi.)
ANYA : How much ? What do I mean to you ? (À quel point ? Qu’est-ce que je suis pour toi ?)
ALEX : Well, I… we, you know, we spend… we’ll talk about it later. (Je... nous, tu vois, nous passons... nous parlerons de ça plus tard.)
ANYA : I think we should talk about it now ! (Je pense que nous devrions parler de ça maintenant !)
ALEX : If you don’t know how I feel… (Si tu ne sais pas comment je ressens…)
ANYA : I don’t ! This isn’t a relationship. You don’t need me. All you care about is lots of orgasms ! (Je ne sais pas ! Ce n’est pas une relation. Tu n’as pas besoin de moi. Tout ce qui t’intéresse ce sont les orgasmes !)

Ce dialogue, typique de la non communication dans un couple, et plus généralement des problèmes de communication entre les sexes, exprime bien le superflue de la parole dans certaine situation.

La parole apparaît très clairement comme un obstacle lorsque, une fois que les personnages ont perdus leur voix, les situations communicationnelles de ces couples se résolvent. L’aphonie force les personnages à communiquer d’une autre manière, plus directement, sans le filtre de la parole. C’est ainsi que Buffy et Riley finissent par s’embrasser pour s’exprimer leur attachement mutuel, Alex prouve son amour pour Anya en se battant avec Spike suite à un malentendu et Tara montre à Willow qu’elle est une sorcière en lui prenant la main, alors qu’elles sont poursuivis par les Gentlemen. Tous ces échanges communicationnels sont rendus possibles précisément par l’absence de parole. Néanmoins l’aphonie crée également des situations problématiques de quiproquo et de malentendu qui participent du comique de l’épisode.

2 : Quiproquos et malentendus ; le comique de situation

Tous les épisodes de Buffy the vampire slayer ou presque comportent un élément comique mais Hush met en scène un comique particulier : le comique de situation. Le dispositif de l’épisode aide bien sûr. Sans la parole, la communication devient moins précise et sujette plus souvent, par conséquent, à confusion. La parole fixe certains sons qui renvoient eux-mêmes à certaines significations, sans elle les personnages sont démunis lorsqu’ils veulent communiquer. Après que tous les habitants de Sunnydale aient perdus leur voix, on assiste à des scènes de désolation. Les gens errent seuls dans les rues, certains se battent ou braquent des magasins. Cette situation montre à quel point l’homme a oublié un organe majeur de la communication : le corps. Habitué à parler, l’homme a laissé son corps se raidir et l’a rendu presque inexpressif. Je reviendrai sur ces points dans le prochain paragraphe. Pour en revenir au comique de Hush, deux éléments annoncent les quiproquos et malentendus à venir. D’abord Alex qui téléphone à Buffy, puis Riley qui passe par un ascenseur à reconnaissance vocale alors que plus personne n’a de voix. Ici le comique repose sur l’absurde et il sert à nous indiquer que l’absence de parole modifie les situations habituelles de communication (notamment les communications qui passent par des machines comme les téléphones ou les reconnaissances vocales). Ces deux scènes qui montrent l’impuissances des machines modernes de communication (téléphone, reconnaissance vocale) renvoie à la scène qui manie le plus les quiproquos et malentendus : la scène du rétroprojecteur. La médiation communicationnelle passe cette fois par une machine ancienne et la musique romantique « Dance Macabre » que Giles met pendant cette scène renforce cette idée du retour à l’Ancien face à l’échec du Moderne. Pendant cette scène Giles explique à Buffy, Willow, Anya et Alex les raisons de l’aphonie soudaine qui a frappé Sunnydale. Pour cela, Giles montre des dessins à l’aide du rétroprojecteur. Ces dessins sont très enfantins mais très sanglants (tout comme l’épisode lui-même qui est basé sur un conte de fée), ils rappellent les dessins du petit Carlo dans Profondo Rosso de Dario Argento. D’emblée donc une certaine déviance (qui mêle enfance et meurtre) habite cette scène. Cela a son importance puisque les deux malentendus qui vont avoir lieu ont eux aussi un caractère déviant, sexuel en l’occurrence. Si donc l’épisode est basé sur un conte de fée, il n’épargne pourtant pas le téléspectateur en ce qui concerne la violence de l’acte par lequel les Gentlemen arrachent le cœur des gens ni non plus en ce qui concerne les allusions sexuelles. Mais finalement, il s’agit toujours ici de libérer le corps. Après lui avoir redonner une fonction communicationnelle en éliminant la parole, on le montre dans ce qu’il a de plus organique : les entrailles et le sexe. La première situation comique est la suivante : Giles pose une feuille transparente sur le rétroprojecteur où il est écrit « What do they want ? » (« Que veulent-ils ? ») en parlant des Gentlemen. Willow lève alors le bras et montre son cœur. Mais Alex comprend tout autre chose puisqu’il se met à mimer des seins. La deuxième situation est encore plus extravagante. Alex demande aux autres à l’aide d’un tableau blanc qu’il a autour du cou : « How do we kill them ? » (« Comment on les tue ? »). Buffy fait alors des va-et-vient avec sa main pour indiquer de les poignarder. Tous les autres personnages regardent alors Buffy bizarrement. On comprend qu’ils pensent que Buffy vient de mimer une masturbation jusqu’à qu’elle sorte un pieux de son sac pour refaire le mime avec cet accessoire. Les allusions sexuelles sont nombreuses dans cet épisode : Buffy s’allonge sur le bureau de son professeur dans son rêve, Anya reproche à Alex de ne s’intéresser qu’aux orgasmes, la relation de Giles et Olivia n’est que sexuelle, etc. Peut-être s’agit-il de montrer que le sexe est une forme de communication comme une autre ? Et en tout cas que le corps peut et doit parfois se substituer à la parole ? En tout cas, ces deux situations de malentendus dans la scène du rétroprojecteur illustrent bien le comique de situation.

Pour en terminer avec le comique de l’épisode et sa signification, il faut parler d’une scène de quiproquo entre Alex et Spike. Spike est un vampire qui ne peut plus mordre personne car il a une puce dans son cerveau qui lui en empêche. Il est accueilli chez Giles. La scène est la suivante : Spike prend une tasse de sang dans le frigo et va vers le canapé où Anya est en train de dormir. Là, Spike fait tomber quelque chose juste devant Anya. Lorsqu’il se relève, Alex arrive et voit Spike au-dessus d’Anya avec du sang sur les dents. Alex, croyant que Spike est en train de mordre Anya, se jette sur lui et commence à le frapper jusqu’à ce qu’Anya se réveille et rassure Alex. Avec la parole, Spike aurait pu tout expliquer à Alex mais avec la situation d’aphonie dans laquelle ils étaient, le quiproquo était inévitable. Là encore, le corps est le seul organe de communication. Alex n’avait qu’une image de corps pour comprendre la situation, que des positions particulières de Spike et Anya, que des silhouettes de chair. Il ne pouvait pas, par conséquent, avoir une autre réaction que celle qu’il a eu. Le comique qui traverse Hush met donc en évidence l’écart qui existe entre deux situations communicationnelles : la communication phonique et la communication simplement gestuelle. L’aphonie a alors pour conséquence de reconquérir la fonction de communication du corps.

3 : Le geste sans la parole

L’aphonie de Hush pousse les personnages à se servir de leur corps pour communiquer. La communication, semblable à un mime, devient alors moins précise mais elle est plus directe. Tout ce qui touche le registre des émotions est facilité par l’absence de parole, et des situations aporétiques comme la discussion entre Alex et Anya ou le « babble fest » (« festival de bafouillage ») de Buffy et Riley se trouvent résolue. Parfois donc la parole est superflue et le corps doit s’y substituer. Il est tout à fait remarquable que la solution à l’aphonie soit le cri. En effet, seul le cri d’une princesse (Buffy en l’occurrence) peut tuer les Gentlemen. Après donc avoir détruit la boite magique qui contenait la voix de tous les habitants de Sunnydale, Buffy récupère son organe phonique et se met à crier jusqu’à faire exploser les crânes des Gentlemen. Le passage de la communication corporelle à la communication phonique s’effectue donc par le cri, or le cri peut être justement considéré comme un intermédiaire entre les deux communications. Le cri est phonique mais il ne constitue pas pour autant de la parole articulée, il a quelque chose de simplement corporel, organique. La voix humaine n’est pas qu’un organe de discussion, elle est aussi, de manière primitive, l’organe du cri. Il y a une utilisation de la voix qui fait parler le corps et oublie la parole, au sens d’un langage articulé. Si donc l’aphonie libère le corps, le corps peut également se libérer lui-même, notamment par le cri. Hush a mis en exergue l’utilisation du corps comme outil de communication. Si donc parfois il vaut mieux se taire, ce n’est pas pour ne rien dire mais au contraire pour mieux communiquer, de manière plus directe, plus tactile, plus corporelle. Communiquer autrement. Le problème qui survient alors c’est le passage entre les deux communications. Buffy et Riley se sont tout dit par leur baiser et leur combat commun contre les Gentlemen lorsqu’ils étaient aphones, mais à la fin de l’épisode, alors qu’ils ont recouvré leur voix, un long silence vient conclure le court dialogue suivant :

RILEY : Well, I guess we have to talk. (Bien, Je crois que nous avons à parler.)
BUFFY : I guess we do. (Je le crois aussi.)

Toute traduction implique forcément une perte de sens et le passage d’une communication simplement corporelle à une communication phonique n’échappe pas à la règle. C’est sans doute dans l’articulation des deux qu’une véritable communication pourra s’établir entre des machines communicantes comme les hommes.

L’auteur de cette analyse est Olivier S., diplômé de philosophie de l’Université de la Sorbonne à Paris. Merci à lui de nous avoir envoyé ses analyses. Merci 🙂
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